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jeudi 16 décembre 2010

C.E.M /MOHAMED MOUSSI _EL OMARIA


Les villages de colonisation de la commune mixte de Berrouaghia ( Champlain)

Particularités de la commune de Champlain (ou El Omaria)




L'origine du nom de ce village est des plus claires : il célèbre un colonisateur d'un autre temps et sur un autre continent. Ce fut sans doute l'argument décisif bien que Samuel Champlain, mort en 1635 à Québec, n'ait jamais posé ses pieds sur le sol du Titteri.
  1567     Naissance à Brouage. Il aurait reçu une formation de cartographe qui a dû lui être bien utile dans ses nombreux voyages d'exploration du Canada entre le Saint-Laurent et les grands lacs. 
1603 Il entre dans l'histoire le 15 mars lorsqu'il quitte Honfleur pour le Saint-Laurent avec mission donnée par Henri IV de remonter jusqu'aux lacs. 
1608 Il fonde un modeste établissement, fortin et magasin, sur un plateau rocheux dominant le fleuve là où il se rétrécit sur la rive nord. C'était à l'endroit où Jacques Cartier avait, en 1535, fondé un poste qui fut abandonné dès 1544.
1619 Il est nommé lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-France avec résidence à Québec, nom donné à son établissement de 1608.


Quel rapport Champlain eut-il avec l'Algérie en général et avec le Titteri en particulier ? Aucun bien sûr. Ceux qui ont choisi ce nom pour un nouveau village ont pensé au fondateur de la " Nouvelle-France " (pour l'Algérie on disait plutôt " l'Autre France "). Ils ont oublié le triste destin des 15 000 Acadiens (Français de l'est du Canada) déportés par le " Grand dérangement " de 1755-1760 au cours des guerres franco-anglaises, et l'abandon définitif de tout le Canada français le 10 février 1763 au premier traité de Paris. Fâcheux précédent quand on connaît l'issue.
La date de sa création, par contre, n'est pas claire du tout. La date de 1921 parfois avancée avec force détails est une erreur manifeste. Le village apparaît dans le dictionnaire Joanne de 1908 avec la mention " village de la commune mixte de Berrouaghia ". Il apparaît aussi dans une liste de quatre villages publiée en 1904 et consultable sur le site des archives de Rennes ; il s'y trouve non seulement le nom, mais aussi la distance à Médéa, l'altitude, le nombre (30) et la taille des concessions (35ha)ainsi que les cultures et les élevages pratiqués.
Créé avant 1904 il a bénéficié du décret de 1878 qui avait maintenu le système des concessions gratuites (mais sous condition d'un apport en capital après 1892) avec un maximum de 40ha : avec 35ha, on n'en était pas loin. Ce village a donc été créé entre 1878 et 1904 : je ne puis préciser davantage ; mais j'imagine plus près de 1904 que de 1878. Alors 1921 ? Peut-être la date d'un agrandissement comme il est arrivé assez souvent.
Le cadre naturel est un peu différent de celui des trois autres villages de la commune mixte. Le terroir se trouve, pour l'essentiel, ainsi que le village, dans une petite plaine de montagne, et non sur une crête. Cette cuvette est à 800 m d'altitude à peine, et est dominée au nord, par des massifs de l'Atlas tellien où la France n'a installé ni villages, ni routes, ni pistes carrossables. Il n'y avait en 1935, vers le nord, que l'amorce de la piste tracée, après l'indépendance, jusqu'au col des deux-bassins au-dessus de Tablat. Cette cuvette à fond plat appartient au bassin de l'oued Isser.
Les cultures principales étaient céréalières, mais avec un vignoble d'appoint pour des vins de qualité VDQS, même si le nom de Champlain évoque spontanément les arpents de neige du Canada plutôt qu'un cru de Médéa. L'élevage bovin était possible.
Champlain se trouve sur une route secondaire qui double la RN 18. Pour y aller, il fallait le faire exprès. C'est peut-être pour cette raison que je n'ai trouvé aucune photo, ni dans les livres d'images, ni sur Internet, ni dans mes albums de famille. Je n'y suis jamais allé. Dommage.
Le village n'est pas traversé par la départementale 23, il est longé par elle. Le rectangle allongé des lots à bâtir est au sud. Les autobus ne traversaient pas davantage le village : ils y avaient leur terminus. Ils venaient de Berrouaghia : en 1948 il y avait un aller-retour quotidien. La route de Berrouaghia passait tout près du camp militaire Paulinier, antérieur à la fondation du village et au sud duquel fut trouvé en 1906 un gisement préhistorique mésolithique tardenoisien. Elle passait ensuite à Ouled-Brahim. Berrouaghia est à 29km de Champlain.
Le 4 avril 1948 il se produisit à Champlain un événement plus que fâcheux, mais qui ne prit toute sa signification qu'avec le recul du temps. C'était jour d'élections : celle du premier tour pour la désignation des députés à l'assemblée algérienne. Il y eut une émeute avec attaque d'un poste de contrôle qui fit trois morts.


Documents et textes : Georges Bouchet



CARTE DES TRIBUS DU TITTERI - 1846


LA TRIBU DES BENIBOUYAGOUB 

Voici le texte intégral tiré de la « Notice sur l’ancienne Province de Titteri » rédigée par M.URBAIN en 1843. Une tribu près de Berrouaghia. « Situé à 10 lieues de Médéa, le pays des BENI BOU IAKOUB à 12 lieues carrées. La population est kabyle et cultive assez de céréales pour suffire à sa consommation ; elle possède des vergés, des figuiers et d’autres arbres fruitiers, des vignes et des oliviers ; elle est d’un caractère difficile et a de fréquentes démêlés avec le gouvernement de Médéa. Madala est un village (dachra) assez considérable pour le pays, situé sur le territoire des beni bou Iakoub ; il est habité par quelques artisans, et sert de dépôt pour les produits de la tribu. La population est de 600 hommes en état de porter les armes, et de 1.200 femmes, enfants et vieillards; les gourbis sont en nombre de 300. le marché de la tribu se tient le mardi; il est fréquenté par tous ls kabyles de ces montagnes.
Ouled Mangbel
Ouled Turki
Ouled Ali
Madala
Fourna
Touatini
El-Bedarhn
Ouled Sy Mahmed bel-Hadj Ahl el-Ardh, Marabouts de la tribu. »

Source: HADJOUDJA BENYOUCEF

mercredi 15 décembre 2010

Histoire

 



Champlain en Algérie






Un des derniers villages

de colonisation

Champlain en Algérie


L’idée de créer un village de colonisation est à porter au crédit du colonel Guénin qui, ayant quitté l'armée en 1906, s'était retiré dans une ferme isolée que possédait son épouse dans la région d'El Tléta, près de l'Oued Tléta, à quarante-quatre kilomètres de Médéa.
Une population indigène dispersée par tribus auprès d'une multitude de sources vivait là, pauvrement, d'agriculture rudimentaire et du produit de maigres troupeaux : les Ouled Turki, les Ouled Trif, les Madala, les Marabtine. Le bachaga Ali Chérif* en assumait la responsabilité administrative. C'est lui qui avait aidé le colonel Guénin à s'installer et qui l'incitait à pousser plus avant son projet.
La guerre de 1914 donna un coup d'arrêt à ces bonnes résolutions. Le colonel et le bachaga reprirent du service et allèrent se mettre à la disposition de « Madame la France », en même temps que les nombreux engagés volontaires de la région.
Après la guerre, l'idée refit son chemin dans les esprits et, en 1920, un projet mis au point conjointement par le colonel et le bachaga (alors commandeur de la Légion d'honneur), fut présenté au Service de la colonisation qui l'approuva. Il s'agissait de fixer vingt concessionnaires sur des parcelles réparties autour de ce que nous appellerions aujourd'hui un « lotissement viabilisé » mais à la manière et selon les conceptions de l'époque et du lieu.
Les équipements collectifs devant précéder l'installation des concessionnaires, les travaux débutèrent en 1921. L'infrastructure prévoyait notamment la construction d'une mairie, d'une poste, d'une école mixte (deux fois mixte puisque devant accueillir filles et garçons, indigènes et européens) d'un lavoir, d'un abreuvoir et un four communaux. Des trottoirs et des jardins munis d'un système d'irrigation délimitaient les « lots urbains » destinés à recevoir dix familles nombreuses venues de métropole et dix autres issues d'Algérie, avec un titre provisoire de cinq ans et l'obligation de mettre en culture les terres concédées avant ce délai sous peine de déchéance. Les premiers « bénéficiaires » furent « installés » sous des baraquements, au marché du Tléta, à deux kilomètres du centre du futur village. Ils se mirent aussitôt au travail, emménagement à mesure de l'édification de leurs maisons. Les lots « ruraux », allant de soixante-dix à cent hectares selon la valeur agricole de la terre, furent attribués en pourtour de cet embryon de village, par tirage au sort. Ils se touchaient les uns les autres et formaient une ceinture autour du village. Ils devaient être semés en céréales ou plantés en vignes et vergers. En effet, si les figuiers de barbarie (que les indigènes appellent Karmouss en'çara : figuiers des chrétiens !) poussaient naturellement jusqu'à l'altitude de 650 mètres, des essais de culture avaient révélé que poiriers, noyers, amandiers, et surtout les cerisiers faisaient merveille plus haut et jusqu'à 750 mètres. Pour ces terres également les concessions ne devenaient définitives que si les friches étaient mises en valeur avant cinq ans.
Les tribus avaient été établies à l'entour, sauf les Marabtine demeurés sur place et qui formaient une sorte d'enclave au milieu de la future agglomération.
Et la vie s'organisa. Ici, comme partout en Algérie, la vie quotidienne fut rude et sans concession. Les erreurs qui avaient conduit de précédents villages vers d'effroyables conclusions avaient été évitées, les expériences malheureuses ayant servi de leçon, mais le climat, bien que sain, était excessif, avec ses étés secs et brûlants, ses hivers enneigés, aux nuits glaciales. L'âpreté du combat contre la terre, la hantise de ne pas réussir dans les délais impartis, le manque de moyens matériels et financiers, le recrutement hâtif déterminèrent entre certains habitants une compétition farouche qui provoqua des drames et des renoncements. Mais ici et comme partout en Algérie, le travail produisit son miracle.
Dès sa création le village avait été rattaché à la commune mixte de Berrouaghia et fut administré par un adjoint spécial assisté d'un conseiller élu par les gens du territoire. En 1944, vingt ans après la clôture des concessions, Champlain, devenu commune de plein exercice, prenait en charge les territoires limitrophes et passait de 300 à plus de 10.000 administrés. Les vergers figuraient parmi les plus beaux de la région. Le vignoble produisait un Vin Délimité de Qualité Supérieure, coteaux de Médéa, vendu par la coopérative dans le nord et l'est de la France, à Lille et à Nancy, sous l'appellation « Marquis de Champlain ».

... Ces souvenirs m'ont été livrés au coin du feu par l'un des premiers bâtisseurs de Champlain, qui me faisait aussitôt remarquer que nul, pourtant, ne peut se prévaloir d'avoir remué le premier la terre sur laquelle il vit. A l'appui de ses dires il rappelait la découverte de ruines romaines sur l'emplacement même de sa ferme et la mise au jour du sarcophage d'un légionnaire romain... qui était d'ailleurs gaulois, d'après l'épitaphe gravée dans la pierre.
Autorisons-nous ici une brève plaisanterie, teintée de respect, sur l'exhumation providentielle de cet ancêtre commun, si souvent évoqué, paraît-il dans nos livres d'histoire !
Les vignes ont été arrachées, ce qui se conçoit en pays musulman mais on dit que les arbres meurent et ne sont pas remplacés, que le village périclite.
Que sont devenus les Trif, les Madala, les Turki, les Marabtine ?
J'ai posé à « mon guide » une question qui est restée sans réponse : « Pourquoi ce village. né dans l'Atlas par la volonté d'un officier français et d'un notable musulman a-t-il été baptisé du nom de Champlain ? »
Faut-il voir dans ce choix le désir - l'affirmation - d'une sorte de filiation morale en même temps qu'un hommage rendu par des hommes soucieux de progrès à un précurseur exemplaire en œuvre de civilisation ? Ou bien, plaçant l'effort et l'espoir sous le patronage de l'illustre pionnier, les hardis colonisateurs du Tléta - le colonel et le bachaga - ont-ils voulu, par-delà les siècles et les mers, au nom de Champlain, « faire ce que doit » ?
Jo SOHET.

* Le grand-père du hachage Ali Cherif avait été recueilli, enfant, par des soldats français après la prise de la smala d'Abd El-Kader. Envoyé à Alger, il fut élevé comme pupille de la Nation. II participa, en 1870, aux charges héroiques de la cavalerie près de Bitche. Son père, citoyen français de naissance. fut lui aussi officier de cavalerie.
Le bachaga avait fait ses études de droit à Paris ; son épouse, musulmane, était bachelière.

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